Les pathologies digestives

Tumeurs hépatiques bénignes

Epidémiologie

Les tumeurs hépatiques bénignes peuvent être catégorisées en fonction de leur origine cellulaire hépatique. On distingue les tumeurs dérivées des cellules endothéliales les angiomes hépatiques, les tumeurs dérivées des hépatocytes, adénomes hépatocellulaires et hyperplasies nodulaires focales (HNF) et les tumeurs dérivées des cholangiocytes, kystes biliaires. En terme de fréquence, les angiomes hépatiques et kystes biliaires sont plus fréquents (0.5 % de la population pour les angiomes, et 10 fois plus de découverte fortuite en imagerie, et 2% pour les kystes biliaires) que les hyperplasies nodulaires focales (0.03 % de la population, et 100 fois plus sur les séries autopsiques) qui sont plus fréquentes que les adénomes hépatocellulaires (3/100 000 femmes sous contraceptifs oraux).

Diagnostic

L’imagerie hépatique, et en particulier l’IRM hépatique, sont les piliers pour le diagnostic des tumeurs hépatiques bénignes. Dans certains cas, quand il existe un doute diagnostique, une biopsie de la tumeur et du foie non-tumoral peut être nécessaire. Les kystes biliaires sont des kystes liquidiens non connectés à l’arbre biliaire et tapissés de cellules biliaires. Les kystes biliaires sont fréquents, surtout chez les patients de plus de 50 ans. L’échographie hépatique permet de faire le plus souvent le diagnostic non invasif de kyste biliaire simple. L’angiome hépatique est une malformation vasculaire avec une cavité bordée de cellules endothéliales et remplie de sang dont l’évolution n’est pas influencée par la prise de contraceptifs oraux. Les patients avec angiome sont le plus souvent asymptomatiques. Le diagnostic est basé le plus souvent sur l’imagerie hépatique que ce soit l’échographie hépatique ou l’IRM hépatique. L’HNF est une tumeur non liée à la prise de contraceptifs oraux. L’HNF est une lésion réactionnelle régénérative constituée d’une prolifération hépatocytaire polyclonale induite par un apport hépatique artériel exclusif. La plupart du temps, l’HNF est diagnostiquée de manière fortuite sur l’imagerie et ne donne pas de symptômes. L’IRM hépatique sans et avec injection de Gadolinium est l’examen de référence pour le diagnostic d’HNF. Dans certains cas quand le diagnostic reste douteux une biopsie en foie tumoral et non tumoral peut être nécessaire. L’adénome hépatocellulaire est une prolifération monoclonale bénigne d’hépatocytes matures survenant le plus souvent sur un foie sain chez une femme jeune. La contraception oestroprogestative est un des principaux facteurs de risque de cette tumeur. Les adénomes peuvent être identifiés de manière fortuite à l’imagerie mais parfois peuvent entrainer des douleurs abdominales ou des complications à types de saignement ou de transformation en cancer. L’imagerie peut donner des arguments pour le diagnostic d’adénome mais l’analyse histologique d’une biopsie ou d’une pièce opératoire reste souvent nécessaire pour confirmer le diagnostic.

Principes de prise en charge

Les kystes biliaires ne se compliquent quasiment jamais et ne nécessitent, ni surveillance, ni traitement. Les angiomes ne se compliquent quasiment jamais. L’abstention thérapeutique et l’absence de surveillance ainsi que la poursuite des contraceptifs oraux sont préconisées. Les HNF sont asymptomatiques et ne se compliquent pas. Quand le diagnostic d’HNF est posé, l’abstention thérapeutique est la règle. Les adénomes hépatocellulaires peuvent se compliquer d’hémorragie tumorale et plus rarement de transformation maligne en carcinome hépatocellulaire. Ils nécessitent l’arrêt de la contraception oestro-progestative. Un traitement chirurgical peut être discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire et guidé par la taille de la tumeur, le sexe du patient et le type d’adénome hépatocellulaire.

Enjeux et perspectives

La découverte fortuite d’un nodule hépatique n’est pas un évènement rare dans la population générale. En premier lieu, un diagnostic précis est nécessaire afin d’éliminer le diagnostic différentiel de tumeurs malignes primitives et secondaires et afin d’identifier le sous-type de tumeur hépatique bénigne, car les adénomes hépatocellulaires sont à risque de complications à l’inverse des angiomes hépatiques et des hyperplasies nodulaires focales. De plus, la prise en charge des adénomes hépatocellulaires reste encore mal codifiée et nécessite une concertation multidisciplinaires (hépato-gastroentérologue, radiologue, chirurgien, anatomopathologique) en centre expert.

Mots clés

Angiome hépatique, Adénome hépatocellulaire, Hyperplasie nodulaire focale, Tumeur hépatique bénigne

Références Majeures

  • Molecular Classification of Hepatocellular Adenoma Associates With Risk Factors, Bleeding, and Malignant Transformation.
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